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La Vie des Chevaliers au Moyen Âge
Dossier pédagogique
La Vie des Chevaliers au Moyen Âge

Etre Chevalier au Moyen Âge

          Le mot « chevalier » nous évoque des personnages comme Lancelot ou Arthur. Notre imaginaire est aussitôt transporté dans cette période fabuleuse qu’est le moyen âge, à travers lequel on voit surgir de fiers guerriers avec leur monture, brandissant lances et épées. Néanmoins, il faut parfois revenir à la réalité de cette époque pour comprendre qui était réellement ces preux cavaliers que l’imaginaire collectif à tendance à trop magnifier.

Les bellatores : ceux qui combattent

           Depuis l’Antiquité existe, au sein de l’armée romaine, des soldats professionnels possédant un cheval : les equites. Issus de la noblesse, ces guerriers avaient pour rôle d’encadrer militairement les troupes de piétons.

          A la chute de l’empire romain au IVème siècle, l’Europe occidentale est submergée par les invasions barbares. Une des tribus les plus puissantes est celle des Francs, qui s’installe dans le Nord de la France et sur la rive Est du Rhin. Ces populations claniques fonctionnent selon le système de la féodalité.

 

Un seigneur possédant une terre prend sous sa protection un homme libre : le vassal. Tous deux sont unis par des liens de fidélité prononcés lors de la cérémonie de l’hommage. Le vassal apporte à son seigneur une aide militaire en échange de quoi ce dernier offre à son vassal un fief, c'est-à-dire une terre qui lui permet d’assurer ses revenus.

Les raids Vikings et arabes créent un climat d’insécurité permettant aux seigneurs locaux d’acquérir un plus grand pouvoir, et à leurs soldats, les milites, de gagner en puissance. Les paysans se placèrent sous la protection des vassaux et devinrent alors des serfs.

 Cavaliers Normands du XIème siècle (tapisserie de Bayeux)

          Ainsi, cette nouvelle caste de guerriers intégra peu à peu l’ancienne noblesse, et elles s’assemblèrent pour former un nouvel ordre : la chevalerie. Mais cette classe aristocratique est assez restreinte à cause du caractère héréditaire des titres de noblesse, car seul un fils de chevalier peu devenir chevalier.


Devenir un chevalier : un long apprentissage

          La formation du futur chevalier se fait des l’âge de 7 ans. Le jeune garçon noble quitte sa famille pour devenir page auprès de son nouveau seigneur. Le page est avant tout un serviteur auquel on enseigne les règles de la politesse, à servir à table, mais aussi à travailler à la forge et aux écuries.

          Les pages d’une même mesnie (le personnel d’un seigneur) vivent ensemble. Ils sont initiés à l’équitation et participent aux chasses, apprenant de ce fait à manier le javelot. Souvent, un clerc vient parfaire l’éducation des futurs chevaliers en leur enseignant le latin et parfois à lire et à écrire.

          Vers l’âge de 14 ans, étant considéré comme adulte, le page devient écuyer, c'est-à-dire « celui qui porte l’écu ». Désormais, le garçon est attaché au service d’un unique chevalier, qu’il suit sur les champs de bataille. Son rôle est de s’occuper des armes et du cheval de son maître. Néanmoins, il poursuit son éducation en apprenant les règles de la courtoisie tout en continuant son apprentissage militaire.

          Pour devenir un chevalier il faut être un guerrier hors pair. L’écuyer s’entraîne donc à la lutte, à l’escrime au bâton et à l’épée, et se livre à des exercices à cheval. Pour parfaire sa dextérité, il pratique des jeux équestres comme celui de la quintaine, qui consiste à faire tourner sur lui-même un mannequin en le frappant de sa lance.

          Entre 18 et 21 ans, l’écuyer est fait chevalier lors de la cérémonie de l’adoubement. La veille au soir, le bachelier (celui qui aspire à devenir chevalier), revêtu d’une chemise blanche, passe la nuit à prier dans une chapelle, s’engageant ainsi solennellement à respecter les règles religieuses et morales de l’Eglise. 

Apprentissage de l’escrime médiévale. (Flos Duellatorum) 
 

          Le lendemain se déroule l’adoubement. Après une messe célébrant les vertus chevaleresques, le prêtre bénit l’épée du futur chevalier. Ensuite, le seigneur donne au jeune homme la paumée, c'est-à-dire un coup violent de la paume droite sur l’épaule ou la joue. Le futur chevalier ne doit ni vaciller, ni protester en signe de force et de maturité.

          Par la suite, la paumée sera remplacée par la colée, le seigneur plaçant alors le plat de l’épée sur l’épaule droite du bachelier. Enfin, celui-ci reçoit les éperons et son écu. La cérémonie se termine lorsque le chevalier à prêter serment de mettre ses armes au service de l’Eglise et des faibles.

Le harnois : l’équipement du chevalier


   Les armes et les armures n’ont eu de cesse d’évoluer durant tout le Moyen Age. Au XIème, les chevaliers portent pour se protéger le corps un haubert, c'est-à-dire une cotte de mailles. Il est composé d’environ 30 000 anneaux et pèse de 10 à 14 kg. En dessous, le guerrier a enfilé un gambison, sorte de veste matelassée dont le rôle est d’amortir les chocs.

 




La tête est protégée d’un bonnet de laine, sur lequel on met le camail, grande cagoule de mailles qui couvre aussi la gorge et les épaules. Au moment du combat, le chevalier coiffe son heaume, le casque fermé, qui protége tout le visage, le cou et la nuque. Les jambes étaient équipées de chausses de mailles et les mains par des moufles. Par-dessus l’ensemble, on revêtait le surcot, ou cotte d’armes, en tissus et représentant ses armoiries, ce qui servait à identifier les guerriers lorsqu’ ils portaient leurs heaumes.

Un chevalier prêt au combat.
 

          A partir du XIVème, on ajoute à l’armure initiale des pièces de métal articulées : les plates. Ce nouveau type d’équipement avait l’avantage de protéger tout le corps des cavaliers lors des assauts. Une armure pèse de 20 à 25 kg, mais le poids étant répartis sur l’ensemble du corps, un chevalier bien entraîné pouvait courir, se relever et monter sur son cheval sans aide.

          Cependant, l’armure présente des défauts. En effet, à l’intérieur il y fait très chaud, et selon les casques la visibilité est largement diminuée. De même, face à certaines armes comme les arbalètes ou les long bows (grand arc anglais), la protection de l’armure devient vulnérable.

Les armes des chevaliers

          Les chevaliers possédaient plusieurs types d’armes : celles dites offensives, qui servaient à l’attaque, et les défensives, pour parer les coups adverses. L’arme représentant indéniablement la chevalerie est l’épée. Celle-ci est divisée en plusieurs parties : l’allumelle (la lame), les quillons (la garde), la fusée et le plommel (le pommeau). L’épée se range dans le feurre (le fourreau), suspendu au baudrier.

          On trouve différentes sortes d’épées : il y a celles d’estoc, assez courtes, qui servent à percer, et celles de tailles, qui permettent d’asséner des coups sur les côtés. De là, on parle aussi de brancs, qui sont les lourdes épées à deux mains, ou d’espadons, nom donné aux grandes épées de guerres.

          Mais l’épée n’est pas la seule arme offensive. Il y a toute une catégorie d’armes moins « nobles », que l’on range dans la catégorie des armes dites aryennes, concernant toutes celles qui possèdent un manche de bois n’excédant pas 80 cm. Parmi celles-ci la plus représentative est la hache d’armes, dont le fer servait plus à écraser les membres qu’à trancher réellement.

          Dans la même catégorie d’armes, on trouve le marteau d’armes, dont la masse de fer est composé d’un côté par un bec, avec deux pointes latérales et une dague sur le dessus. Cette arme terrible pouvait assommer ou briser les reins. De même manière, on trouve la masse d’armes et enfin le fléau d’armes.

Chevalier maniant un fléau d’armes.
 

          Mais les chevaliers utilisaient aussi des armes d’hast, comme la lance. Il s’agit d’une hampe d’environ 3m 50 au bout de laquelle était emmanchée un fer en forme de losange. Cette arme était utilisée lors des charges et servait à désarçonner son adversaire.

      Pour se protéger de toutes ses armes offensives, le chevalier était muni d’un écu. C’est un bouclier fait de bois et de métal sur lequel on peignait ses armoiries. On se les fixe au bras par des courroies appelées énarmes, ou dans le dos par le biais de la guige. Les écus prennent eux aussi différentes formes en fonction de leur utilisation et sont alors nommés targes ou pavois.

Le cheval : à la base de la chevalerie

          Le cheval est l’élément de base de la cavalerie. Lors d’une bataille, le rôle des chevaliers était d’écraser l’ennemi par le biais d’une charge violente, aussi le rôle du cheval de guerre prenait là toute son importance. Mais, les guerriers possédaient d’autres montures en fonction des tâches de la vie quotidienne. Ainsi, un chevalier aisé pouvait avoir jusqu’à 6 chevaux.

          Il y avait tout d’abord le destrier, utilisé lors des batailles et des tournois, qui était généralement un cheval de race au prix élevé. Puis, il y avait le palefroi, destiné à la parade et à la chasse. Le chevalier possédait aussi un roussin, pour les longs voyages, et un sommier qui portait tout l’équipement. L’écuyer chevauchait un coursier, petit cheval rapide et léger.


Le cheval disposait aussi d’un équipement complexe : la lormerie. En dehors de la bride et de la selle, le cheval était équipé de la flancherie, qui lui paraît la croupe et les flancs, cet ensemble de pièces de cuirs étant généralement richement décoré.

Lors des fêtes d’armes, on caparaçonnait les chevaux d’une housse armoyée aux couleurs de son propriétaire. La tête des destriers était protégée par un chanfrein de métal. Par la suite, on ajoutera une couverture de plates articulées sur l’encolure, avant de barder entièrement les chevaux de fer.
 

Un seigneur et son palefroi richement harnaché. 
 



 

Le métier de chevalier : vivre par les armes

          Même si les chevaliers possèdent tous un fief pour assurer leurs revenus, leur activité première est le métier des armes. Les chevaliers se rendent ainsi dans l’ost royale, l’armée du roi, à la tête de leur lance (ensemble des piétons qui accompagnaient un chevalier) pour participer à des expéditions militaires.

          La guerre était quasi permanente, mais celle-ci prenait alors différents aspects : soit deux armées se livraient bataille sur un vaste terrain vague en alignant ses guerriers dans un ordre bien précis, soit on mettait le siège devant château ou une place forte, ce qui pouvait prendre des mois voire des années.

          Lors des périodes de trêve on organisait des fêtes d’armes, lors desquels se déroulaient des combats règlementés : les tournois ou les pas d’armes, qui avait lieu dans des champs clos, sous l’œil d’une foule nombreuse et friande de prouesse. A l’origine, les tournois voyaient deux équipes se donner l’assaut dans un simulacre de bataille : la mêlée.

          Jugé trop mortel, les règles du tournoi évoluèrent pour donner lieu à la joute où deux adversaires se jetaient un défi avant de se battre en duel de part et d’autre de la lice. On disait alors que les chevaliers courraient une lance. Ils avaient aussi le choix de se battre à outrance en utilisant de véritables armes de guerre, ou bien à plaisance et mettait alors des rochets au bout de leurs lances pour les rendre moins dangereuses.

Dans tous les cas, le but du chevalier est de faire valoir son honneur et son courage. Aussi, il arbore fièrement les couleurs de son blason qui représente les armoiries de sa famille. Ces blasons sont organisés selon un langage symbolique répondant aux règles de l’héraldique. Parfois vient s’ajouter une devise, que le chevalier cri au moment de la charge.
 


Représentation d’une joute (Codex Manesse). 
 

Le siège d’un château fort

          Lors des guerres, les chevaliers et leurs armées avaient parfois à mener le siège d’un château, position stratégique par excellence. Avant d’attaquer, les assaillants proposaient au seigneur assiégé de se rendre, mais si celui-ci refusait, les hostilités débutaient.

 Des techniques de siège furent alors mises en œuvre pour prendre possession des citadelles. On cherchait à entrer de force dans la place en faisant une brèche dans les murs. Pour ce faire, on utilisait différentes machines de guerre comme le trébuchet, le mangonneau, ou la perrière. Tous ces engins de siège servaient à envoyer des boulets de pierre de 50 à 90kg, sur une distance allant jusqu’à 300m.

Si les murailles résistaient, les assaillants avaient recours à d’autres techniques, comme l’assaut. Une partie des attaquants tentaient de détruire les portes avec un bélier, tandis que les autres escaladaient les murs avec des échelles d’assaut, ou passaient sur les courtines grâce à des beffrois, sorte de grandes tours de bois mobile à pont basculant. On cherchait aussi à passer sous la muraille en sapant les bases des fortifications.

mangonneau à roue de carrier réalisé par Renaud Beyfette. 

 

Mais l’inconvénient des assauts est qu’ils coûtent cher en soldat, aussi on préférait attendre que les assiégés aient épuisé leur réserve en nourriture et se rendent d’eux même. Pour démoraliser les défenseurs on n’hésitait pas à envoyer comme projectile les têtes des prisonniers ou des cadavres d’animaux pour propager des épidémies.

Les vertus chevaleresques et l’amour courtois

Au tournoi comme à la guerre, un chevalier devait se montrer courtois envers son adversaire. D’ailleurs, le chevalier obéissait à un véritable code d’honneur qui dictait sa conduite et reposait sur trois valeurs : la vaillance, la générosité et la loyauté. L’idéal chevaleresque à atteindre était le statut de preux auquel accédait certains guerriers comme Roland ou Godefroi de Bouillon, et que l’on considérait dès lors comme des héros.

Tous les faits d’armes de ces champions, c'est-à-dire celui qui s’est distingué par ses mérites, étaient racontés par les troubadours dans les chansons de geste. Mais peu à peu on commence à magnifier et à idéaliser la femme à travers un nouveau genre poétique, le lai. A présent il n’est plus question de narrer des exploits guerriers, mais de montrer comment un chevalier doit vénérer sa dame et agir héroïquement en son nom. Les femmes aisées, éprises de littérature, tiennent des cours d’amour où se rassemblent des érudits et des ménestrels qui rédigent des romans merveilleux comme Tristan et Iseult ou le roman de la Rose.
 

Gentilhomme faisant la lecture à sa dame.
(tapisserie de « la vie seigneuriale », Cluny).
 

Mais concrètement cet amour courtois, que l’on appelle aussi le fin’amor, reste avant tout littéraire car la réalité était tout autre. Les filles d’aristocrates étaient mariées dès l’âge de 15 ans, ces unions d’intérêt étant arrangées de longue date entre les familles puissantes. Même si la condition de la femme évolue au Moyen Age jusqu’à ce qu’elle soit considérée comme l’égal de l’homme, son rôle premier reste néanmoins de faire des enfants. Aussi, l’amour courtois représente plutôt une recherche de perfection morale de la part du chevalier qu’un réel courant de pensée.